Marchandisation de la langue française en milieu rural en Colombie

Résumé : Dans la province rurale de l'Oriente d'Antioquia en Colombie, la langue et la culture françaises sont perçues comme des "biens" qui permettent de "gagner sa vie". Notre étude analyse un projet d'apprentissage linguistique et technique, initié et mené par trois groupes productifs ruraux : un groupe porteur (une vingtaine de futurs enseignants de langue) et deux groupes apprenants (petits producteurs agricoles et artisans céramistes). Nous avons observé le déroulement du projet pendant deux ans, suivant une démarche ethnographique capable de rendre compte des aspects multidimensionnel (rapports sociaux, apprentissages, économie) et multisites (maison, ferme, coopérative, village, atelier de langue) de l'objet d'étude :-Quelles valeurs les deux groupes apprenants confèrent-ils aux savoirs linguistiques (FLE) et techniques (fabrication fromagère et céramique artisanale) ?-Quels sont les impacts de ces valeurs sur les apprentissages, sur les logiques d'action et sur les configurations sociales de chaque groupe socio-professionnel ? Dans le groupe apprenant des petits producteurs agricoles, les apprentissages sont caractérisés par une sollicitation fréquente de l'aide de l'enseignant, une centration sur le recadrage de l'activité plutôt que sur la langue étrangère, des passages fréquents d'une séquence conversationnelle à une séquence didactique, en bref, une adaptation moins facile aux rythmes et aux activités proposées. De plus, ils abandonnent le projet d'apprentissage linguistique et technique au bout de six mois d'expérimentation. Ici, la valeur d'usage (le volet technique) de la langue étrangère est déterminante dans leur choix de décliner l'offre d'apprentissage. En effet, les mauvais résultats de la fabrication fromagère lors des ateliers techniques ont une incidence négative sur les ateliers de langue. Pour les artisans céramistes la langue française constitue un moyen et un outil pour se doter d'une nouvelle ressource professionnelle et individuelle. Pendant plus de deux ans ils s'investissent dans cet apprentissage. Les apprenants participent à l'établissement des réseaux de communication, opèrent des choix vis-à-vis de la présentation des formes lexicales et aident l'enseignant lorsque celui-ci rencontre une panne lexicale. Ici, les objectifs techniques sont moins importants car ils s'assignent un statut d'artistes créateurs, donc connaisseurs des techniques. C'est la langue étrangère qui importe. Cet intérêt met en relief un calcul économique et une conscience du fait qu'en dehors du projet, ils ne peuvent pas assumer le coût d'un objet d'apprentissage aussi prestigieux. Dans ce groupe le projet débouche sur la configuration d'une Communauté de pratique autour de la langue française. Pour les deux groupes apprenants, il s'agit d'exploiter au mieux l'offre d'apprentissage du français. Ce processus reste cependant sous influence des valeurs d'usage ou marchande attribuées à l'objet d'apprentissage. A l'issue de cette étude, on observe un lien étroit entre assignation de valeur à la langue et engagement des acteurs sociaux.
Complete list of metadatas

http://hal.univ-grenoble-alpes.fr/hal-02006329
Contributor : Beatriz Villa <>
Submitted on : Monday, February 4, 2019 - 3:26:23 PM
Last modification on : Tuesday, September 17, 2019 - 9:42:42 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02006329, version 1

Collections

Citation

Beatriz Villa. Marchandisation de la langue française en milieu rural en Colombie. Désir de langues, subjectivité, rapport au savoir : les langues n’ont-elles pour vocation que d’être utiles ?, Feb 2019, Montpellier, France. ⟨hal-02006329⟩

Share

Metrics

Record views

41