Utiliser le pluralisme ontologique comme grille d’analyse

Résumé : Cet article présente en les critiquant les thèses du livre de Virginie Tournay, Penser le changement institutionnel. Essai sur la logique évolutionnaire Paris, PUF, 2014. Virginie Tournay est biologiste et chercheure en Science Politique au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) dans le laboratoire CEVIPOF de Sciences Po Paris, où elle enseigne les approches pragmatiques de l'action publique et la sociologie des controverses scientifiques. Son dernier ouvrage, Penser le changement institutionnel est un plaidoyer original, complexe mais bien argumenté, pour des études institutionnelles incluant la perception individuelle et ordinaire du changement institutionnel dans la reconstruction intellectuelle de l'institution. Cet ouvrage plaide pour un pluralisme ontologique, c’est-à-dire qu’il accorde à chacune de ces perceptions, qu’elles soient scientifiques ou quotidiennes, une même dignité ontologique en raison du fait que la diversité de ces perceptions permet de « faire » l’institution et de lui donner une consistance. Cependant si leur utilisation combinée renforce la consistance de l’objet institution, dans le même temps elle induit un trouble au sens où elle amène les acteurs à interpréter de façon différente le change­ment en fonction du type de régime de perception que l’acteur va adopter. J'’apprécie personnellement cette approche ouverte du pluralisme ontologique car elle respecte la richesse plurielle du réel. L’ouvrage analyse différents visages de l’institution mais il néglige d’analyser les émotions qui la parcourent. Il néglige d’analyser sa part d’ombre. Pourtant ce sont bien les perceptions ordinaires qui définissent l’institution comme « un monstre froid, une machine routinière et inefficace, un monde clos sur lui-même, etc. ». Finalement l’ouvrage de Virginie Tournay parle de sensible, de sensations mais « le verbe ne se fait pas chair ». Quelle est la principale cause de cette posture apollinienne ? Elle réside dans le recours au tableau des ontologies de Philippe Descola. Tout se passe comme s’il apprivoisait les ontologies différentes pour qu’elles soient présentables devant le tribunal de la raison occidentale. Elles sont implicitement critiquées par un autre ethnologue, de nationalité brésilienne, Viveiros de Castro. Selon lui, malgré la subtilité et l’originalité de ses analyses, Descola perpétue le projet anthropologique occidental défini par l’objectivation et la descrip­tion classificatrice s’appuyant sur une pure combinatoire structuraliste. L’hégémonie du naturalisme n’est donc pas questionnée dans la démarche de recherche, ni la position de surplomb de l’anthropologue, sujet connais­sant, par rapport aux peuples qu’il étudie, devenus ses objets.
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Quaderni, Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2015, pp.119-128. 〈https://quaderni.revues.org/935〉
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Soumis le : mardi 25 juillet 2017 - 14:25:37
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Jacques Lolive. Utiliser le pluralisme ontologique comme grille d’analyse. Quaderni, Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2015, pp.119-128. 〈https://quaderni.revues.org/935〉. 〈hal-01568172〉

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