Prendre la langue au sérieux dans l’enseignement du droit, A propos d’une expérience chambérienne

Résumé : Le droit s'exprime, pour l'essentiel, par le prisme d'une langue ou, parfois, de plusieurs langues. Si l'on écarte les signes et leur étude, la sémiotique, non parce que leur rôle serait secondaire mais parce que ce n'est pas l'objet de cet article, la langue doit être prise au sérieux quand il est question de droit, et particulièrement dans son enseignement. La langue est bien plus qu'un vecteur pour le droit. Elle s'intègre au droit ; elle fait corps avec lui. Impossible de prime abord de considérer que la langue n'a aucune d'incidence sur le droit lui-même. La langue se transforme avec le droit, par le droit. Elle évolue à son contact. Elle lui fournit le support technique de sa conceptualisation. Elle suit son évolution. Parfois, elle disparaît même avec le système juridique dans lequel elle s'incarne. Quant à l'enseignement du droit, que ce soit dans les amphithéâtres par la parole et l'échange ou dans les livres et les supports électroniques par l'écriture et la lecture, la transmission du savoir implique toujours la langue. L'enseignement du droit engage la langue et il ne pourrait en être autrement. A ceux qui parlent la même langue, enseignant et étudiant, elle n'apparaît pas comme un problème. La liaison est une évidence. La part de la langue dans l'objet juridique est comme invisible. Un français peut étudier des objets juridiques pensés par des français, dans la langue française, sans s’inquiéter du rôle joué par la langue dans le modelage des concepts juridiques. Sauf peut-être lorsqu’il y a lieu de regretter la perte de qualité des textes juridiques en raison par exemple d’un manque de rigueur rédactionnelle. Quand on change de langue pour parler du droit, la perception du droit change avec elle. On aperçoit alors la part de la langue dans le droit et comment elle fait corps avec elle. L’étude du droit doit poser la question de la langue dans le droit et la question du droit par la langue. Jouer avec la composante linguistique permet d’interroger le droit lui-même et de le comprendre autrement. Quand on change de langue pour parler de droit, celui-ci se donne à voir autrement. Il se transforme et nous révèle sa part invisible, celle qui se confond avec sa langue de culture. Enseigner le droit dans plusieurs langues oblige à des questionnements juridiques insoupçonnés et généralement ignorés par la doctrine la plus savante. Les plus grands théoriciens du droit ont consacré peu de développements à la question. Et pourtant nombre d’entre eux ont été confrontés au problème de la langue de leur discours, se faisant ainsi mal comprendre par l’effet de la traduction de leurs écrits. De nombreux concepts juridiques, parce qu’ils ont été pensés dans une langue déterminée, se prêtent mal au jeu de la traduction en l’absence d’équivalent pensé dans les autres langues. En anglais, on pourrait citer trust, impeachment, tort, consideration … Les noms des juridictions pour leur part sont si liés à une langue, une culture, un système que l’on peut les assimiler à des noms propres (High Court of Justice, Cour de cassation, Conseil d’Etat, Queen’s Bench division…). Dans la suite de cet article, les exemples terminologiques se limiteront à l’anglais et au français car le propos s’appuie principalement sur des expériences pédagogiques menées à la Faculté de droit de l’université de Savoie. Elles ont pour but de replacer la langue au cœur des préoccupations des enseignants comme des étudiants.
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Ruth Sefton-Green. Démoulages : Du carcan de l’enseignement du droit vers une éducation juridique, Société de Législation Comparée, pp.192-202, 2015, 978-2365170536
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Contributeur : Alexandre Guigue <>
Soumis le : vendredi 5 janvier 2018 - 13:00:11
Dernière modification le : jeudi 11 janvier 2018 - 01:01:02

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Alexandre Guigue. Prendre la langue au sérieux dans l’enseignement du droit, A propos d’une expérience chambérienne. Ruth Sefton-Green. Démoulages : Du carcan de l’enseignement du droit vers une éducation juridique, Société de Législation Comparée, pp.192-202, 2015, 978-2365170536. 〈hal-01311206〉

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