Dès l’origine, les recherches menées par les membres du laboratoire ont présenté cette particularité d’interroger l’architecture dans toutes ses dimensions, allant de l’élaboration de l’atlas de la ville de Grenoble à l’étude de nouvelles typologies observées dans les territoires alpins, tout en analysant les églises baroques piémontaises et l’introduction de la modernité dans les métropoles européennes. Cette détermination à questionner la pensée architecturale et le projet d’architecture par l’histoire, en mobilisant les outils de l’architecte, caractérise la production de l’unité dès ses débuts. Depuis lors, les territoires d’exploration se sont considérablement diversifiés, s’ouvrant notamment à des cultures architecturales autres et introduisant de ce fait de nouveaux enjeux scientifiques, ce tout en entretenant toutefois un intérêt sans cesse renouvelé pour l’architecture entendue comme pensée de l’édifice, de la ville et du territoire.

 

Orientation scientifique : 

Nos recherches questionnent la pensée architecturale comme processus et portent un intérêt spécifique aux outils – intellectuels comme pratiques – mis en œuvre pour son élaboration et explicitation, dans un contexte particulier. Notre définition de l’architecture se fonde sur celle établie par nos « pères » (Vitruve, Alberti), soit comme pensée du monde habité, ce qui impose de considérer les trois dimensions de l’édifice, de la ville, du territoire. 

Ces différentes dimensions en interaction dans l’édification du monde habité sollicitent plus particulièrement notre attention et constituent les objets privilégiés de nos recherches. Celles-ci s’inscrivent donc nécessairement dans la durée, dans le temps long de l’architecture – et encore plus long des « lois de persistance » inscrites dans les villes et les territoires – et proposent de faire lien avec le présent et le futur en devenir.

La méthode que nous privilégions pour explorer la pensée architecturale est l’histoire de l’architecture, et nous mobilisons pour ce faire les outils de l’historien et ceux de l’architecte. L’histoire, telle que nous la pratiquons, s’entend comme interrogation constante en corrélation avec les questionnements animant les débats actuels sur l’architecture et les territoires urbanisés. L’histoire est pour nous une méthode d’investigation nous permettant de mieux comprendre les processus à l’œuvre dans l’édification de nos espaces de vie, jusqu’à leurs développements les plus récents. Elle s’entend donc comme savoir fondamental, mais aussi comme mode d’interrogation constant des diverses traditions et cultures architecturales et urbaines en présence, à l’échelle de l’édifice, de la ville, et du territoire. Chacune d’entre elles a en effet élaboré un langage architectural particulier, ses propres référents, qu’il nous appartient de connaître et de comprendre. C’est pourquoi elle ne se résume pas à l’étude des monuments. Elle ne se résume d’ailleurs pas plus à celle de l’architecture dite savante et se refuse, en outre, de considérer l’objet architectural comme sujet isolé. Toute architecture est située et s’inscrit dans un contexte – spatial, temporel, social, économique, culturel, technique – à l’origine de traditions et cultures locales qu’il nous faut apprendre à décoder, au même titre que les langages savants. Outre l’analyse de l’architecture comme construction matérielle, nous attachons une importance particulière à la pensée qui la fonde, à la production intellectuelle qui lui est liée, aux discours et débats qui lui sont associés.

 

Axes de recherche : 

L’ensemble de nos recherches est aujourd’hui structuré selon deux entrées, ou axes (plus un transversal), dont la logique découle de ce dessein d’interroger l’architecture – entendue comme production matérielle et intellectuelle – selon des approches qui, loin de s’opposer ou de cheminer en parallèle, favorisent au contraire une dialectique constante entre les deux. La première privilégie l’analyse de l’architecture en considérant comme matériau premier sa dimension physique – les processus de fabrication spatiale–, tandis que la seconde donne une prévalence à la dimension théorique en questionnant la construction des idées. Certaines recherches ont spécifiquement pour objet l’articulation entre faits matérialisés et idées, voire l’écart ou le déphasage existant parfois entre les deux. Les deux entrées – processus de fabrication spatialeet construction des idées– renvoient donc tout autant à des questions de méthode que de problématisation de la recherche. Elles correspondent à des questions spécifiques posées à l’architecture ou suscitées par l’architecture, à des corpus particuliers à analyser, de même qu’à des outils adaptés pour ce faire.

 

Par ailleurs, un troisième axe, transversal, interroge les outils mobilisés par l’architecte, tant analogiques que numériques, qu’il s’agissede représenter, de modéliser, de simuler. 

 

Les recherches s’inscrivant dans l’axe « Processus de fabrication spatiale »,visent à analyser et interroger plus particulièrement :

-       la qualité de dispositifs spatiaux (à l’échelle de l’édifice, de la ville, du territoire) ;

-       l’architecture comme environnement bâti ;

-       l’informel comme architecture ;

-       les liens entre espaces construits et usages ; 

-       le renouvellement des pratiques : les jeux d’acteurs, la co-conception ;

-       les phénomènes d’urbanisation ;

 

Celles inscrites dans l’axe« Construction des idées »,visent à explorer d’une façon plus approfondie : 

-       l’architecture savante et les différents discours qu’elle élabore, de même que la dialectique architecture « savante » / architecture « populaire » ; 

-       les moments de rupture et de redéfinition de la pensée architecturale ;

-       les concepts mobilisés et/ou inventés par la pensée architecturale ; 

-       les transferts, dialogues, croisements ou confrontations entre les différentes cultures architecturales ;

-       les filiations et héritages des idées ; 

-       les rapports entre arts visuels (Visual arts) et architecture ;

-       la médiation par et médiatisation de l’architecture;

 

Enfin, les recherches menées dans l’axe transversal mettent en évidence l’importance des outils mobilisés par l’architecte, ainsi que par les chercheurs du laboratoire dans le cadre de leur activité de recherche ; l’enjeu vise dès lors à explorer leur potentiel et leur influence dans le processus de conception, à caractériser les méthodes et à expérimenter ces techniques. Ce sont à la fois les approches analogiques (dessin à la main, re-dessin, relevé, etc.) et les instrumentations numériques (cartographie, modélisation, simulation, automatisation et robotique, etc.) qui sont explorées et évaluées. 

 

Mots clefs :

Architecture (savante, populaire, traditionnelle), représentations (dessin, relevé, néo-cartographie, vidéo), processus de conception, industrialisation, continuums numériques, modélisation informée par des données, ville, territoire, paysage, système foncier, décroissance urbaine, tourisme, théories architecturales et urbaines, environnement, histoire environnementale, histoire postcoloniale